Le collège sur une zone à risques suscite le débat

« JE ME DIS, qu’à notre époque, on ne construirait plus un collège n’importe où. Je fais confiance à nos élus. » Debout, devant les documents officiels, cette mère de famille s’apprête à consigner son avis par écrit. Elle veut croire au bon sens. En face d’elle, la conseillère municipale de Beauchamp. Membre de la majorité, elle tient ce jour-là la permanence en mairie et voudrait aussi y croire. Plutôt favorable au dossier, elle griffonne cependant un tas de notes sur son calepin, histoire de se forger son opinion. Prescrite par le préfet, l’enquête publique qui a débuté le 14 octobre permet en tout cas de mettre à plat une affaire sensible en matière d’éducation et d’environnement. Très courue depuis onze jours, la salle de la mairie est devenue le lieu où l’on s’interroge et débat sur le vif, au hasard des rencontres entre partisans et adversaires du projet. « Ce qui compte, c’est que la population se prononce », approuve Raymond Lavaud, le maire de Beauchamp (divers droite). Un projet ni « judicieux » ni « opportun »

Les habitants ont la parole jusqu’au 15 novembre pour s’exprimer sur la réalisation d’un collège de 600 élèves, à 200 mètres de l’usine 3 M, qui rejette dans l’air des polluants, en particulier des composés organiques volatils (COV) qui peuvent être dangereux pour la santé. A 400 mètres du futur établissement scolaire, se trouve également la friche Lunije, d’anciens ateliers de décapants fermés depuis huit ans et à l’origine d’une grave contamination aux solvants de la nappe phréatique. Faute de réserve foncière, la municipalité a pourtant choisi cet emplacement sensible. Le moins que l’on puisse dire est que l’enquête publique remplit ici vraiment sa mission consultative. A la date d’hier, environ 200 personnes avaient déjà pris la peine de marquer leurs observations dans les registres mis à leur disposition. Initiative inhabituelle, le préfet a même adressé une lettre au commissaire-enquêteur, reçu lundi dernier. « Je tiens à porter à votre connaissance, à l’occasion de l’enquête publique en cours, les réserves exprimées par la envers ce projet de collège, dès lors que l’implantation envisagée serait à proximité de l’usine 3 M », souligne-t-il. Joints en annexe, les courriers de la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement () sont signés du chef de subdivision du Val-d’Oise, Alain Vallet. Ni « judicieux » ni « opportun », voici les deux formules qu’il emploie pour qualifier le projet de collège. Présentés avec nuances, les arguments qui justifient ces avis portent principalement sur les rejets de COV (phénol et formaldéhydes). « On ne peut complètement écarter l’hypothèse d’un incident ou d’un accident (…) susceptible d’incommoder les collégiens », est-il indiqué. L’an passé, la avait par ailleurs demandé à l’exploitant de réaliser une étude de santé pour évaluer l’impact sur les riverains des émissions de COV. Le rapport qui a été remis au mois de mai aux services de l’Etat est en attente de validation. En tout cas, les premières conclusions « ne mettent apparemment pas en évidence de risque sur la population environnante ». Alain Vallet relève également que les quantités de produits stockés par 3 M sont « proches de la définition d’un Seveso seuil bas » (NDLR : norme qui impose des mesures de sécurité très spécifiques pour certaines entreprises chimiques) . Le site abrite en effet des matières toxiques et inflammables, tels que les solvants. Pour la , c’est le principe de précaution qui doit l’emporter. De son côté, l’entreprise 3 M a ouvert son usine au commissaire-enquêteur pour qu’il puisse se faire une idée.

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