Le Parisien : Les 3M de Beauchamp ont peur pour leur avenir

Les de Beauchamp ont peur pour leur avenir

Alors que la société s’apprête à délocaliser la production de Scotch, les salariés ont manifesté hier devant l’usine.

Marie Persidat | Publié le 08.10.2013, 07h00

 Beauchamp, usine 3M hier matin. Dans la matinée, jusqu’à 200 personnes se sont rassemblées devant les locaux de l’entreprise. Le départ  à l’étranger de la production du ruban adhésif entraîne la suppression de 40 postes.

Beauchamp, usine 3M hier matin. Dans la matinée, jusqu’à 200 personnes se sont rassemblées devant les locaux de l’entreprise. Le départ à l’étranger de la production du ruban adhésif entraîne la suppression de 40 postes. | (LP/Ma.P.)

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« Venir tous les jours avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ce ne sont pas des conditions de travail normales… » L’angoisse et le pessimisme se lisaient dans les yeux des grévistes rassemblés hier devant l’usine 3M de Beauchamp. « On ne sait pas du tout comment tout cela va finir », résumait Alain Doublet, délégué FO qui avait appelé à la mobilisation avec ses camarades de la CFDT et de la CFE-CGC. Dix jours après l’annonce de la fin du Scotch à Beauchamp, presque tous les ouvriers avaient répondu à l’appel. Ceux qui ont consacré toute leur carrière à la fabrication du ruban adhésif (l’atelier du Scotch emploie 52 personnes) mais pas seulement. « Une grande majorité des ouvriers des Post-it et du Scotch-Brite, les deux autres productions de notre site, sont venus », constatait Alain Doublet. D’après lessyndicats, seulement une quarantaine d’employés non grévistes ont rejoint leur poste de travail hier, sur untotal de 432 employés. A partir de 4 h 30 , au lieu d’aller mettre en marche les machines, les salariés se sont relayés autour d’un piquet de grève. Dans la matinée, jusqu’à 200 personnes manifestaient ainsi ensemble leur inquiétude. Sur le site de Beauchamp, un tel mouvement général n’avait pas été organisé depuis 1997. A l’époque, les grévistes réclamaient une hausse de salaire de 600 francs (environ 90 €)… Ces préoccupations paraissent bien dérisoires à présent.

Dans quelques mois, la direction de 3M France prévoit de délocaliser la fabrication de Scotch aux Etats-Unis et en Pologne. « Cela commence à faire beaucoup », soupirent les ouvriers, en évoquant une longue liste de mesures touchant le site de Beauchamp ces dernières années. En 2001, le secteur « abrasif », employant plus de cent personnes, avait été transféré au Brésil. En 2010, la confection des Post-it imprimés partait pour l’Allemagne (70 suppressions de poste). « Et depuis deux ans, il n’y a plus d’embauches. Ceux qui partent à la retraite ne sont pas remplacés, ce qui représente une perte d’environ 45 personnes », estime Alain Doublet. « Nous avons la certitude qu’ils dépouillent le site peu à peu », regrette Jean-Claude Carré, délégué syndical central CFE-CGC. « Les investissements ici sont réduits à leur strict minimum. »

La direction assure que le plan de réorganisation, dont les modalités sont en cours de négociations, « n’affecte que le ruban adhésif ». Les cadres de 3M France mettent en avant les 2 M€ récemment investis dans la chaîne de fabrication du Post-it. « Cela ne sert qu’à maintenir un équipement vieillissant », répondent les représentants syndicaux. Ces derniers craignent de voir délocaliser à leur tour les productions des deux derniers produits phares du groupe, le Post-it et le Scotch-Brite. « On nous a annoncé que 4 à 6 millions de m2 de Post-it, sortant des machines ici, seraient bientôt découpés et conditionnés en Russie », souligne Alain Doublet. Face à tous ces mauvais présages, la direction annonçait hier soir qu’elle allait organiser, dès aujourd’hui, « une communication par groupe auprès des salariés afin de discuter et de les rassurer ». Vendredi dernier, le député du secteur Jean-Noël Carpentier (MUP) a adressé un courrier au président de 3M France, afin de lui faire part « de ses inquiétudes quant à l’avenir du site de Beauchamp » et pour lui demander des assurances concernant « la pérennité de l’usine à long terme ».

Le Parisien

 

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